Hormones discrètes : ode au silence clinique pathologique

Hippolyte DUPUIS, Lille

Atelier SFE 05 Fenarediam : Hypersécrétions « infra-cliniques »
Stéphanie ESPIARD et Julie SARFATI

Les hypersécrétions dites « infracliniques » sont définies par la présence d’une élévation biologique des taux hormonaux sans signes cliniques. Le Dr SARFATI et le Pr ESPIARD nous proposent un point sur deux entités : l’acromégalie infraclinique et le nodule surrénalien avec sécrétion infraclinique de glucocorticoïdes (MACS pour Mild Autonomous Cortisol Secretion).

L’acromégalie infraclinique, plus justement appelée adénome somatotrope cliniquement silencieux (ASCS), est un incidentalome hypophysaire sans signe clinique d’acromégalie, avec une IGF-1 (Insulin-Like Growth Factor 1) élevée et une GH (Growth Hormone) non freinée sur une hyperglycémie provoquée par voie orale. Elle est à différencier de la micromégalie, qui associe des signes cliniques d’acromégalie sans anomalie biologique, ou de l’adénome somatotrope silencieux qui est un diagnostic anatomopathologique fortuit. Il existe probablement un continuum des adénomes somatotropes, de l’adénome silencieux à une acromégalie patente (Figure). La prévalence de l’ASCS, mal connue, serait de l’ordre d’un tiers des acromégalies. La prise en charge de l’ASCS n’est pas codifiée. Une exérèse chirurgicale est proposée pour prévenir le risque d’évolution vers une acromégalie patente, au vu des comorbidités associées.

Le MACS est un incidentalome surrénalien sans freinage du cortisol au test minute à la dexaméthasone (> 1,8 µg/dl ou >50 nmol/l) sans signe clinique d’hypercortisolisme. Le MACS est associé à des comorbidités cardio-métaboliques. Il n’y a pas ou très peu de risque d’évoluer vers un syndrome de Cushing. La prise en charge chirurgicale a prouvé son bénéfice sur le contrôle de l’hypertension artérielle, et elle peut être envisagée en sa présence. Il existe un risque d’insuffisance corticotrope post-opératoire dans 50 % des cas, d’autant plus que le cortisol sur test de freinage préopératoire était >5 µg/dl (>140 nmol/l).

Figure : Le continuum des adénomes somatotropes (avec l’autorisation du Pr ESPIARD)