La contraception masculine : encore un peu de boulot !
Laurine Mebarki, Lyon
Symposium SY-004
Contraception masculine : on y est enfin ?
Geoffroy Robin, Lille
Alors que la contraception féminine a constitué un progrès social majeur, elle peut rester pour de nombreuses femmes une contrainte. Est-il temps que les hommes participent plus activement ?
Aujourd’hui, les options masculines restent encore limitées : retrait (très peu efficace), préservatif (qui peut être accepté par les couples de manière variable) et vasectomie (méthode définitive, dont la demande a fortement progressé ces dernières années avec une hausse de +491% entre 2010 et 2018). De nouvelles pistes sont explorées.
La testostérone à doses supra-physiologiques permet de freiner la spermatogenèse mais au prix d’effets secondaires notables comme la polyglobulie. L’association testostérone–progestatifs, à l’image des oestro-progestatifs pour les femmes, apparaît plus prometteuse. Les différents essais démontrent une efficacité proche de la contraception féminine, mais les schémas d’utilisation restent difficiles à mettre en œuvre.
Les gels cutanés combinant de la testostérone et de la nestorone, actuellement en phase II, sont particulièrement prometteurs. Ces gels freinent l’axe gonadotrope et permettent d’obtenir une oligospermie pour presque 90% des utilisateurs. Cependant, l’observance et l’acceptabilité restent à confirmer.
De nouvelles molécules orales qui sont des dérivés hormonaux synthétiques stéroïdiens (11-β -MNTDC ou diméthandrolone) ont une action androgénique et progestative avec une excellente tolérance clinique en phase I, mais sans données disponibles sur la fertilité pour l’instant. Affaire à suivre !
Du côté non hormonal, la contraception thermique nécessite une utilisation quotidienne prolongée.
Plusieurs stratégies s’intéressant aux molécules ciblant la spermatogenèse comme les antagonistes du récepteur de l’acide rétinoïque sont en cours d’étude. Ces molécules testées sur des modèles animaux entrainent une hypoplasie des tubes séminifères sans perturber l’axe gonadotrope, et leur réversibilité semble intéressante.
La « pilule masculine » n’est pas encore une réalité clinique, mais les avancées sont considérables. Toutefois, l’avenir de la contraception masculine dépendra autant des découvertes scientifiques et de l’investissement industriel que de l’évolution des mentalités et de la confiance des femmes à partager la responsabilité contraceptive.
